14/07/2012

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9 - Au début du 15éme siècle vivait

 

Alphonse  de  Zamora 

 

 Eminent bibliste et précurseur

du rétablissement du nom divin 

 

Nous ordonnons [...] que tous les Juifs et Juives[...], résidant en nos domaines et territoires, partent avec leurs fils et filles, leurs domestiques et parents, grands et petits, quelque soit leur âge, d’ici la fin de juillet de cette année, et qu’ils n’osent pas revenir sur nos terres.

 

Ce décret de 1492 était signé de Ferdinand et Isabelle, le roi et la reine d’Espagne.

 

L’arrêt d´expulsion ne laissait guère de choix aux Juifs : soit ils reniaient leur religion, soit ils partaient en exil. Le rabbin Juan de Zamora a certainement estimé préférable de se convertir au catholicisme pour rester en Espagne, où sa famille était installée depuis plusieurs générations.

En raison de ses racines juives, Juan a sans doute envoyé son fils Alphonse suivre les cours de la célèbre école d’études hébraïques de Zamora. Alphonse s’appropriera ensuite également le latin, le grec et l’araméen.

 

 A la fin de ses études, il est devenu professeur d’hébreu à l’université de Salamanque. Peu de temps après, ses talents de linguiste vont profiter aux biblistes de toute l’Europe.

 

 En 1512, il a obtenu la chaire d’études hébraïques de la nouvelle université d’Alcala de Hénarès ; il est reconnu comme un des plus grands érudits de son temps. Le cardinal Jiménez de Cisneros, fondateur de cette université, l’a associé aux travaux de la Polyglotte de Complute. Cette bible monumentale en six volumes contiendra le texte sacré en hébreu, en grec et en latin, avec quelques portions en araméen.

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Université et Cathédrale de Alcala de Hénarès 

 Parmi ses travaux de traduction, Alphonse de Zamora rédigea le « Vocabularium hebraicum totius veteris testamenti cum aliis dictionibus chaldaicis ibi contentis », in folio de 682 colones qui avait été achevé d’imprimer à Alcala chez Arnaldo Guillermo de Brocar, le 17 mars 1515, en introduction aux Ecritures hébraïques (Ancien testament) de la polyglotte.

 Il est intéressant de noter comment Alphonse de Zamora, un érudit d’origine juive, a translittéré en latin le nom divin.

 Comme cela apparaît sur cette photo, il a ajouté à sa traduction interlinéaire de la Genèse une note dans laquelle figure le nom divin orthographié “Jehovah ” (Voir la NOTE).

 

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Zamora estimait manifestement recevable cette traduction du nom divin. Au XVIe siècle, alors que la Bible était traduite dans les principales langues européennes, de nombreux traducteurs ont adopté cette graphie ou des variantes très proches ; citons :

William Tyndale (en anglais, 1530),

Sebastian Münster (en latin, 1534),

Pierre-Robert Olivétan (en français, 1535)

et Casiodoro de Reina (en espagnol,1569).

 

Zamora est donc l’un des précurseurs parmi les nombreux biblistes du XVIe siècle qui ont permis de faire la lumière sur le nom divin.

L’ignorance du nom divin avait pour origine une superstition juive qui interdisait de prononcer ce nom. Influencés par cette superstition, des traducteurs de la chrétienté, tel Jérôme, l’auteur de la Vulgate, ont remplacé le nom divin par des termes comme “ Seigneur ”, “ Dieu ” et “Eternel ”.

 

Comme le rappelle le bibliste Mariano Revilla Rico, “ des trois Juifs convertis qui ont coopéré à l’ouvrage du cardinal [Cisneros], le plus réputé pour ses compétences est Alphonse de Zamora, grammairien, philosophe et spécialiste du Talmud, mais également familier du latin, du grec, de l’hébreu et de l’araméen ”.

De par ses études, Zamora avait acquis la conviction que pour produire une traduction exacte de la Bible, il fallait posséder une parfaite maîtrise des langues originales. Et de fait, il devint l’un des principaux artisans du renouveau de l’exégèse biblique, science qui connut un nouvel essor à partir du début du XVIe siècle.

 

Zamora avait cependant la mauvaise fortune de vivre dans une région et un contexte peu favorables à l’exégèse biblique.

 

1492 : Le contexte dans lequel

vivait Alphonse de Zamora

 

1481 : Premier autodafé à Séville

 Des Juifs convertis sont surpris en train de célébrer le Seder de pâque et reconnus coupables d’avoir judaïsé. Ils seront condamnés suivant le rituel de l’autodafé, cérémonie d’expiation publique qui se répétera durant toute l’inquisition. (Aux origines de la fausse religion Voir la NOTE)

Les « coupables » étaient menés sur la place populaire après des mois de privations et de tortures. Un prédicateur prononçait un sermon à la suite de quoi le représentant de l’inquisition donnait lecture du verdict, leur jugement : Fouet, pénitence, confiscation des biens, emprisonnement et mort.

 

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Les condamnés étaient confiés au bras séculier qui donnait la mort, car l’église ne pouvait pas donner la mort. L’inquisiteur exhortait les condamnés à mort à reconnaître leur culpabilité. Ceux qui avouaient étaient étranglés par les bourreaux avant d’être brûlés. Les autres étaient brûlés vifs et expiaient souvent au cri du Shema Israël : « Ecoutes Israël, Jéhovah notre Dieu, est Un seul Jéhovah ».

 

1er Avril 1492 

Les notables de la communauté juive font des derniers efforts auprès de Ferdinand et d’Isabelle pour obtenir l’abrogation du décret d’expulsion. Parmi ceux qui s’efforcent d’obtenir l’abrogation, se trouve don Isaac Abrabanel, ministre des finances de la couronne. Il rassemblera une somme importante d’argent (300 000 ducats d’or) et tentera avec de faire abroger le décret.

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Il y parviendra presque ! Au moment où Ferdinand et Isabelle sont presque convaincus, Torquemada fait irruption dans la pièce, montre aux rois un crucifix et leur dit : Vengez-le ! C’en est scellé du sort des Juifs d’Espagne.

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Torquemada

 

29 avril 1492

 Le Décret de l'Alhambra est rendu public. Les Juifs d’Espagne ont le choix entre la conversion et l’exil : Jusqu’à début août, environ 185 000 Juifs choisiront la route de l’Exil, dont près de la moitié iront dans l’empire ottoman, 20 000 mourront en chemin, 50 000 se convertiront.

 

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                                                              Décret de l'Alhambra

02 août 1492

Derniers départs des expulsés d’Espagne. C’est aussi le départ de Christophe Colomb pour les Indes, dans le voyage qui allait le conduire en Amérique.

 

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Il note dans son journal qu’il a dépassé des bateaux de Juifs expulsés. A bord de la Santa Maria se trouvent de nombreux conversos, dont l’interprète de Colomb, Luis de Torrès, converti juste avant le départ. Il sera le premier homme blanc à s’installer sur le nouveau continent.

 

En espagne, l’Inquisition faisait rage 

 

De plus, l’Eglise vouait une vénération sans bornes à la Vulgate, traduction latine de la Bible devenue la seule version “ autorisée ”. Dès le Moyen Age, pourtant, des savants catholiques avaient décelé que cette traduction était tout sauf parfaite.

 

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                                                                          Vulgate

 

En ce début de XVIe siècle, Alphonse de Zamora et les autres biblistes engagés dans le projet du cardinal allaient concourir à sa remise en question. Sans traduction, point de salut. Des divers travaux d’exégèse de Zamora, le plus éloquent est sans aucun doute l’édition du texte hébreu de ce que l’on appelle couramment l’Ancien Testament, assorti de sa traduction en latin. Zamora avait probablement à l’esprit que ce texte serait largement repris dans la Polyglotte de Complute en gestation. Un de ses manuscrits, référencé G-I-4, est conservé à la bibliothèque du palais de l’Escurial, près de Madrid. Il s’agit d’une version interlinéaire, qui contient l’intégralité du texte hébreu de la Genèse accompagné d’une traduction mot à mot en latin.

L’auteur s’en explique ainsi dans la préface :

Le salut des nations passe nécessairement par la traduction des Saintes Ecritures dans d’autres langues. [...] Nous avons estimé qu’il était [...] indispensable que les fidèles disposent d’une traduction mot à mot de la Bible, faisant correspondre à chaque mot hébreu un équivalent latin. ” Alphonse de Zamora possédait les compétences requises pour entreprendre cette traduction nouvelle, car il était un hébraïsant éminent. “ Je ne puis trouver de havre pour mon esprit ”.

S’il est au moins un aspect favorable aux travaux d’un bibliste comme Zamora dans l’Espagne du XVIe siècle, c’est qu’au Moyen Age le pays était devenu un haut lieu de la culture juive. Citons l’Encyclopædia Britannica : “Accueillant de fortes populations musulmanes et juives, l’Espagne médiévale était le seul pays multiracial et multireligieux d’Europe occidentale. C’est à cette mixité que la civilisation espagnole devait en grande partie son avancée dans les domaines de la religion, de la littérature, des arts et de l’architecture.

Du fait de la forte implantation juive en Espagne, on trouvait facilement des manuscrits hébreux de la Bible. Dans de nombreux endroits du pays, des scribes juifs avaient minutieusement recopié ces manuscrits destinés à la lecture publique dans les synagogues. Dans son livre Editions anciennes de la Bible hébraïque (angl.), Lazarus Goldschmidt fait remarquer que “ les exégètes juifs prisaient pour leur exactitude tant les éditions imprimées hispano-lusitaniennes du Pentateuque que les manuscrits dont ces bibles et les polyglottes savantes avaient repris le texte ”.

Mais ces quelques avantages ne nous auront pas fait oublier que les traducteurs en puissance de cette époque risquaient parfois gros.

En 1492, les armées catholiques du roi Ferdinand et de la reine Isabelle ont repris la dernière enclave maure d’Espagne. Comme indiqué plus haut, cette même année, le couple royal a émis un décret expulsant du royaume tous les pratiquants du judaïsme. Dix ans auparavant, les musulmans avaient déjà subi le même sort. Le catholicisme devenait la religion officielle d’Espagne et les autres religions étaient interdites.

Comment allait s’en ressentir la traduction de la Bible ? La vie d’Alphonse de Zamora reste à cet égard un cas d’école. La hiérarchie espagnole n’a jamais réussi à fermer les yeux sur les origines de ce converti juif. Certains ont reproché au cardinal Cisneros d’avoir fait appel à des convertis juifs pour la préparation de sa bible polyglotte. Ces attaques ont été pour Zamora un crève-coeur. Dans le commentaire d’un manuscrit conservé à l’université e de Madrid, Zamora se lamente : “ Je suis abandonné et haï par tous mes amis, qui sont devenus mes ennemis. Je ne puis trouver de havre ni pour mon esprit ni pour la plante de mes pieds.

 

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                                                            Archevèque Juan Tavera

Un de ses pires adversaires fut Juan Tavera, l’archevêque de Tolède, qui allait plus tard être nommé inquisiteur général. Dépité par les attaques de Tavera, Zamora avait fini par en appeler au pape lui-même. Dans sa missive, il écrivait : “ Nous sollicitons et implorons votre Sainteté de nous aider [...] et de nous garder de notre ennemi l’évêque de Tolède, Don Juan Tavera. Chaque jour, sans répit, il nous cause d’innombrables et pénibles afflictions.

[...]Nous sommes réellement dans une grande angoisse, car nous ne sommes à ses yeux guère plus que des bêtes destinées à l’abattoir. [...] Si cette supplique trouve faveur auprès de votre Sainteté, ‘Yahvé sera ton assurance et il préservera ton pied de la capture’. ”

 

L’héritage d’Alphonse de Zamora

Malgré ces attaques, Zamora a poursuivi ses travaux fructueux dont ont tiré profit de nombreux étudiants de la Bible. Même s’il n’a jamais traduit les Ecritures dans les langues vernaculaires de son époque, il a rendu un précieux service à d’autres traducteurs.

Pour prendre la mesure de sa contribution, il faut se souvenir que la traduction biblique dépend invariablement de deux catégories de spécialistes. Les premiers étudient les copies des écrits sacrés dans les langues originales (l’hébreu, l’araméen et le grec) et éditent dans ces langues un texte amendé et plus exact. Les seconds sont les traducteurs qui s’appuient ensuite sur ces travaux pour élaborer des traductions dans les langues vernaculaires. 

Alphonse de Zamora a joué un rôle de premier plan dans la préparation et l’amélioration du texte hébreu publié dans la Polyglotte de Complute en 1522. (Sont également de sa main l’index latin-hébreu et la grammaire hébraïque figurant dans le même ouvrage ; eux aussi ont facilité le travail des ´ traducteurs.)

Erasme, qui fut contemporain de Zamora, a entrepris un travail similaire sur les Ecritures grecques chrétiennes, communément appelées le Nouveau Testament.

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Erasme

 A la suite de la diffusion de ces éditions affinées des textes hébreu et grec, d’autres traducteurs ont pu s’atteler à leur mission essentielle : mettre à la disposition du public des versions de la Bible dans les langues usuelles. Quand William Tyndale a traduit la Bible en anglais, il a été l’un des premiers traducteurs à tirer profit du texte hébreu de la Polyglotte de Complute.

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La Bible connaît aujourd’hui une large diffusion ; cela est dû en partie à des hommes comme Zamora, qui par le labeur de toute une vie nous ont permis de mieux connaître les Ecritures. Zamora avait bien saisi que pour espérer être sauvés les humains ont besoin de comprendre la Parole de Dieu et doivent s’y conformer (Jean 17:3*). Mais pour cela, il leur faut disposer de traductions de la Bible dans des langues accessibles, car c’est à cette seule condition que son message peut toucher le coeur.

* Jean 17:3 "Ceci signifie la vie éternelle : qu’ils apprennent à te connaître, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ.

 

Répondant volontairement à la demande de Jésus Christ faite à ses disciples d'être ses " témoins..jusque dans la région la plus lointaine de la terre " (Actes 1:8) les Témoins de Jéhovah traduisent et diffusent des publications bibliques aujourd'hui dans plus de 500 langues*, réalisant ainsi cette prophétie : " Et cette bonne nouvelle du royaume sera prêchée dans toute la terre habitée, en témoignage pour toutes les nations..." (Matthieu 24:14) tout en respectant la volonté de Jésus Christ consignée en Jean 17:26 : 

            " je leur ai fait connaître ton nom et je le ferai connaître "

 
 
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*dont 436 disponibles librement sur Internet

 

 

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